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Le défi majeur des cabinets d'audit et d'expertise comptable

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225Ludovic Melot
24/03/201108:33

Va-t-on assister à un big bang sur le marché de d'audit et de l'expertise comptable ? En tout cas, les petits cabinets auraient bien tort de se laisser aveugler par leurs niveaux de performances. Comme vous pouvez le voir, leur marge d'exploitation (je veux parler de leur excédent net d'exploitation par apport au chiffre d'affaires) n'a cédé qu'un petit point en dépit de la violence de la crise. Pourtant, la profession n'a plus guère le choix. Elle doit impérativement passer d'une logique de « prestataires de services » à une logique « d'entreprises de services ». Les bouleversements réglementaires, passés ou en cours, sont en effet en train de faire voler en éclat les équilibres en place. Des bouleversements qui remettent en cause la protection dont bénéficiaient jusque-là les professionnels du chiffre. Deux grandes menaces planent ainsi sur les cabinets de taille modeste. Première menace : la volonté affichée des autorités nationales et européennes de simplifier les démarches administratives des entreprises. La suppression de l'obligation de certification des comptes pour les petites SAS a ainsi été confirmée. Et, selon l'IFEC, cette réduction du champ d'intervention des commissaires aux comptes se traduira par la perte de 30 000 mandats en six ans. En clair, ce sont 6% des honoraires des cabinets qui disparaîtront. Après ce premier coup de semonce, la possible fin de l'obligation de tenue de comptabilité pour les petites entreprises, actuellement à l'étude, serait une catastrophe majeure pour nombre de petits cabinets comptables. Des cabinets qui verraient purement et simplement le coeur de leur activité disparaître. Et, donc, leur activité s'effondrer. Seconde menace : l'ouverture de la profession à des entreprises non-membres de l'ordre. Avec, en ligne de mire, la suppression programmée du monopole des cabinets sur les activités comptables. Une suppression qui représenterait par exemple une très belle opportunité de diversification pour les banques et les compagnies d'assurances. A commencer par celles solidement implantées en régions auprès des petites entreprises locales. Des opérateurs dont il faut rappeler la puissance financière. Trois chiffres suffisent à donner une idée de la menace. 70% : c'est la proportion de cabinets français réalisant moins de 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires. 646 millions d'euros, ce sont les revenus annuels de Fiducial : un des principaux réseaux dédié à la clientèle des TPE. Et plus de 30 milliards d'euros : c'est le produit net bancaire annuel (le chiffre d'affaires des banques) du Crédit Agricole. Alors, comment faire face à ces bouleversements ? Et bien, les cabinets n'auront guère le choix. Ils vont inexorablement devoir basculer dans une logique de marché. Comme le déclare un dirigeant de cabinet : « il faut sortir du modèle de la profession libérale de l'après seconde guerre mondiale et évoluer vers des entreprises de services ». Un véritable saut dans l'inconnu pour une profession globalement très attachée à sa qualité de profession libérale réglementée. Et une profession qui considère encore bien souvent que l'adoption des outils de cette logique de marché lui fera perdre son âme. Combien de fois des responsables de cabinets nous ont confié, je cite : « nous ne sommes pas et nous ne serons jamais des vendeurs de savonnettes ». Mais, alors que leurs clients sont déjà soumis à ces problématiques depuis longtemps, les cabinets vont devoir à leur tour s'interroger. S'interroger sur leur positionnement, sur la structuration et le marketing de leur offre, sur l'attractivité et la gestion de leurs ressources humaines, sur leurs techniques de management, etc, etc. Bref, les cabinets comptables vont devoir devenir des entreprises comme les autres. Et les grands cabinets dans tout ça ? Certes, ils ont passé ce cap de l'entreprise de services depuis plusieurs années déjà. Cela dit, ils font également face à d'importants défis. Durement touchés par la crise (alors que leur chiffre d'affaires a baissé, leur marge d'exploitation est tombée à un point bas), les Big sont eux aussi sous la menace de possibles bouleversements réglementaires. Suite à la crise, la Commission européenne s'interroge en effet sur l'avenir de l'audit en Europe. C'est le fameux livre vert, qui tient les majors de la profession en haleine depuis plusieurs mois. Deux grands dossiers intéressent (et inquiètent) particulièrement les poids lourds de l'audit. Premier dossier: le degré de concentration très élevé de l'audit légal des grandes entreprises. Les 5 plus grands réseaux, soit les Big 4 + Mazars, trustent en effet 85% des mandats de commissariat aux comptes et plus de 92% des honoraires des entreprises du SBF 120. Et ces chiffres sont encore plus vertigineux pour les groupes du CAC 40 où le top 5 accapare près de 99% des mandats et 99,9% des honoraires. Une concentration qui pose de sérieux problèmes. Des problèmes comme l'absence de choix des entreprises, la qualité de l'information financière fournie par les auditeurs, le risque de manque de transparence, les tarifs élevés ou encore le risque systémique en cas de défaillance d'un des derniers grands réseaux. Alors que la crise a révélé le risque d'acteurs financiers « too big to fail », l'audit se trouve aujourd'hui en situation de « too few to fail ». Autrement dit, en cas de manquement d'un des Big, les autorités auraient le plus grand mal à le sanctionner, sans prendre le risque de faire imploser le système. Deuxième dossier sur la table de Bruxelles : les risques de conflit d'intérêt entre les activités réglementées et les activités de conseil au sein d'un même réseau. Depuis l'abandon de leurs activités de consulting au début des années 2000 (sous la pression du législateur), les grands réseaux d'audit ont, depuis, reconstruit d'imposantes divisions de conseil. Si bien qu'aujourd'hui, les Big sont redevenus de véritables concurrents des pure-players du conseil. Une concurrence que les cabinets de conseil dénoncent d'ailleurs haut et fort, avec deux grands types d'arguments. Premier argument : les Big casseraient les prix sur leurs prestations de conseil, en finançant ces activités déficitaires par leurs revenus issus de l'audit et de l'expertise comptable. Ce que les auditeurs contestent bien sûr. Deuxième argument : la possible existence de passerelles ou, au moins, d'échanges d'informations entre les divisions audit et conseil. De quoi placer les Big au centre de conflits d'intérêt, en particulier lorsqu'ils auditent une société alors qu'ils conseillent son concurrent. Des soupçons que les auditeurs démentent bien sûr de façon catégorique. Les frontières entre les deux métiers sont absolument étanches, plaident-ils. Et les règles déontologiques les protègent de tout risque de conflit d'intérêt. Sans remettre en cause la bonne foi de ces réseaux, on peut toutefois se demander quel serait l'intérêt de développer des structures pluridisciplinaires si les différentes entités n'échangeaient pas entre elles ? Inutile de dire que si Bruxelles devait statuer en faveur d'une nouvelle séparation des activités d'audit et de conseil, le coup serait terrible pour l'activité et les marges des réseaux pluridisciplinaires. C'est-à-dire pour les Big, mais pas seulement. Ils se retrouveraient dans la même situation qu'au début des années 2000, quand, suite à « l'affaire Enron-Andersen », les autorités les avaient contraint à se séparer de leur division consulting. Avec, à la clef, la nécessité de revoir une nouvelle fois leur modèle économique en profondeur


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