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Energie solaire : tout ce qui brille n'est pas d'or

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266Aurélien Duthoit
11/10/201106:23

Dans cette vidéo de Xerfi Canal, Aurélien Duthoit, directeur d'études Xerfi, présente l'étude Xerfi Global dont il est l'auteur :"Green power equipment companies".

Pour en savoir plus sur l'étude, cliquez ici

L'énergie solaire n'a aucun avenir sans le soutien de la dépense publique. A l’heure où l’Europe et les Etats-Unis se serrent la ceinture pour résoudre leurs problèmes d’endettement, la question du coûteux soutien au développement des énergies renouvelables ne manquera pas de revenir au cœur des débats. Le mirage du grand soir de la croissance verte basée notamment sur le développement des énergies renouvelables s’éloigne encore un peu plus.

Les spécialistes de l'énergie solaire traversent une zone de forte turbulence. L'Allemand Q-Cells fabriquera désormais plus en Malaisie qu'en Allemagne pour réduire ses coûts, tandis que le pionnier américain Evergreen a mis la clef sous la porte. Partout, les prix s'effondrent du fait de surcapacités de production alimentées par des politiques de subvention très généreuses. Cette source s'est tarie avec des coupes dans les subventions en Allemagne, en France, en Italie et en Espagne. Au premier semestre 2011 et pour la première fois, les ventes mondiales de panneaux solaires ont reculé. Au vu de la situation des déficits publics en Europe et aux Etats-Unis, ce n'est peut être qu'un début.

La France n’avait même pas attendu la rigueur pour réduire son ambition dans le développement du solaire photovoltaïque. Le Grenelle de l’Environnement avait développé l’arsenal législatif français pour la promotion des énergies renouvelables, notamment avec des mesures pour le rachat de l’électricité à des prix attractifs. Très concrètement, il est possible pour un particulier ou une entreprise de vendre de l’électricité à EDF à un tarif avantageux, ce qui permet d’amortir l’investissement rapidement. Tellement rapidement que fin 2010, une bulle s’est formée. Regardons ce graphique. Le plan français prévoyait une capacité installée de 5,400 mégawatts pour 2020. Fin 2010, les demandes de rachats d’électricité, entre d’autres termes les projets déposés, totalisaient déjà presque ce montant. Dit autrement, les conditions étaient tellement favorables que la France aurait tenu ses objectifs à dix ans en peine douze mois. Il s’agissait bien d’une bulle donc, largement financée par les subventions, qui avait poussé à la création d’un moratoire et d’un encadrement beaucoup plus strict du solaire photovoltaïque.

L’exemple français souligne le rôle déterminant des subventions publiques pour le développement d'une source d’énergie qui reste extrêmement chère. L’objectif des spécialistes de l’énergie solaire, c’est d’atteindre la fameuse grid parity, ce moment où le coût de production de l’énergie solaire est identique au coût de production moyen des autres sources d’énergie.

 A ce titre, il faut faire la part des choses. D’un côté, le coût de production moyen d’un panneau solaire continue de décliner, c’est une évidence. Prenons l’exemple de l’américain First Solar, dont la technologie particulière et les process de la fabrication ont permis de diviser par deux le coût moyen par watt depuis 2005, sur fond de croissance exponentielle de sa production. 

Dans le même temps, les fabricants continuent d’améliorer les rendements des panneaux avec des taux de conversion de l’énergie solaire en énergie électrique à la hausse. D’un autre côté, et malgré ces progrès techniques, le photovoltaïque reste tellement cher qu'aucune entreprise ou aucun particulier accepterait de payer une électricité deux fois plus chère dans le meilleur des cas. Ce graphique illustre le coût moyen de l’électricité à partir de différentes sources aux Etats-Unis. Même à l'horizon 2016, l'administration américaine ne voit pas en l'énergie solaire une source d'énergie compétitive à grande échelle. Le solaire photovoltaïque resterait plus de deux fois plus cher que l’énergie nucléaire et le charbon, et plus de trois fois plus cher que le gaz.

Venons ensuite à l'argument écologique. Il est certain que si l'on introduit des taxes pour la pollution émise par les centrales au charbon par exemple, ces dernières seraient nettement moins compétitives. Mais quid alors de la fabrication de panneaux solaires? La Chine seule concentre 8 des 10 plus grands fabricants mondiaux. L'avantage du coût explique en grande partie cet état de fait. Ces fabricants produisent exclusivement en Chine, où leurs usines sont alimentées par des centrales au charbon. Regardons ce classement. Pour un kilowattheure d’électricité produite en Chine, 745 grammes de CO² sont rejetés dans l’atmosphère. C’est tout simplement l’un des mix électriques les plus polluants de la planète. On a connu des modes de production plus écologiques, sans compter les 20,000 kilomètres de transport par mer dans des porte-containers au fioul. 

Qui plus est, certains pays, et c'est le cas de la France, ne génèrent qu'une très faible partie de leurs émissions de CO² par la production d'électricité. Ainsi, la production électrique française est dix fois moins polluante que celle de la Chine et cinq fois moins que celle de l’Allemagne ou du Japon. Quel intérêt alors de promouvoir l'énergie solaire pour des motifs environnementaux si l'énergie produite est déjà propre? Au-delà d'objections légitimes à l'énergie nucléaire ou hydroélectrique, l'argument écologique est très discutable. Et ce sans même mentionner la consommation exponentielle de métaux, et notamment de terres rares, qu'engendrerait une utilisation à grande échelle du solaire photovoltaïque.

Reste enfin l'idée d'une relance verte créatrice d'emplois non-délocalisables. Le problème, on l'a vu, c'est que le développement du solaire est subventionné, et on ne crée pas une économie compétitive et équilibrée par des subventions. Surtout, ces subventions profiteraient surtout à des entreprises étrangères puisque l'industrie photovoltaïque française n'a rien à voir avec celle des Etats-Unis, de l'Allemagne, du Japon et de la Chine. A supposer que la France accélère le développement de l'énergie solaire, elle accélèrerait en premier lieu ses importations de panneaux solaires et creuserait encore un peu plus un déficit commercial record. En d'autres termes, les subventions françaises iraient encore plus gonfler l'excédent commercial chinois. 

Les spécialistes de l'énergie comme Alstom, Siemens et General Electric ont jusqu'à maintenant eu une approche très prudente de l'énergie solaire photovoltaïque. Il est vrai que cette méfiance se nourrit en partie de conflits d'intérêts potentiels avec leurs activités dans le charbon, le gaz ou le nucléaire. Pas exempte de tout reproche, l'énergie solaire reste une piste à explorer quand on sait que les besoins en énergie de la planète auront augmenté de moitié à l'horizon 2030. Après tout, les autres sources d'énergies ont elle aussi connu des ratés et nécessité des dizaines d'années de perfectionnement. Un horizon lointain, trop lointain peut-être, en des temps où la gouvernance politique se limite au court terme, et où les investisseurs privilégient la rentabilité immédiate.


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