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L’économie Japonaise : de Charybde en Scylla

Alexandre-Mirlicourtois-L-economie-Japonaise-de-Charybde-en-Scylla
365Alexandre Mirlicourtois
17/03/201105:35

La catastrophe au Japon arrive à un moment où la reprise s'essoufflait déjà. Certes, l'économie japonaise est sortie de sa pire récession post-seconde guerre mondiale en 2010 et a affiché 4% de croissance l'année dernière. Ce rebond ne peut cependant s'apprécier qu'à la lumière de la chute historique du PIB de 6,3% en 2009. En fait, cela fait maintenant près de 20 ans que l'économie japonaise ne parvient pas à renouer avec une croissance solide : entre 1992 et 2011, le PIB a progressé sur un rythme inférieur à 1% l'an. Très dépendant, de son commerce extérieur, l'Archipel commençait à souffrir du ralentissement du commerce mondial, notamment de la demande en provenance des pays d'Asie, en particulier de Chine devenu le second client du pays derrière les Etats-Unis. Or la demande chinoise a perdu de sa fermeté au fur et à mesure que les effets de l'imposant plan de relance se sont estompés. En outre, les industriels nippons ont dû composer avec une devise qui a eu tendance à s'apprécier par rapport aux autres principales monnaies, notamment celle de la Corée du Sud devenu au fil du temps l'un des principaux concurrents de l'Archipel. Or, les exportations sont essentielles à la bonne marche des affaires au Japon qui est le 4ème exportateur mondial. Comme vous pouvez le voir, la balance commerciale est structurellement excédentaire. Le solde est même resté positif de près de 30 milliards de dollars en 2009, année pourtant marquée par l'effondrement de la demande mondiale. Au-delà de la destruction d'une partie du tissu économique, les régions directement touchées représentant environ 4% du PIB, le pays va devoir gérer des pénuries d'électricité qui vont désordonner l'activité économique et entamer la capacité du pays à exporter. Le principal moteur de l'économie va forcément s'affaiblir. En outre, le Japon ne peut pas s'appuyer sur la force de la consommation des ménages. Certes, les dépenses des Japonais ont progressé de près de 2% en 2010, ce qui constitue la meilleure performance depuis 2000. Des chiffres très positifs enregistrés grâce à d'importantes mesures de soutien à la consommation, à l'achat de véhicules peu polluants et d'appareils d'électronique grand public. Cependant, la multiplication des stimuli budgétaires ne peut avoir qu'un effet ponctuel. Une fois leurs effets passés, ce sont les fondamentaux qui reprennent le dessus. Des fondamentaux qui sont pour la plus part mal orientés : d'abord, le Japon est un pays qui vieillit et dont la population diminue. Cela a des effets mécaniques sur le niveau des dépenses ainsi que sur l'investissement résidentiel. Ensuite, la déflation, en d'autres termes la baisse des prix, est un mal endémique. Cela traduit notamment la faiblesse des salaires, donc la capacité à dépenser plus, et provoque des effets de report de la consommation : pourquoi acheter aujourd'hui ce que je peux acheter demain à un prix plus bas. A cela s'ajoute un marché du travail qui a profondément changé et s'est précarisé. L'emploi à vie est terminé. Autant d'éléments qui conduisaient déjà à anticiper un affaiblissement de la demande des ménages. Nul doute que les évènements en cours vont renforcer la tendance qui se dessinait : la consommation va diminuer et le taux d'épargne va progresser au moins pendant quelques mois. Quel avenir pour l'économie japonaise ? A court terme, le recul de la production et la faiblesse de la consommation vont conduire à une baisse du PIB au deuxième et au troisième trimestre. Le retour d'expérience du séisme de Kobé du 17 janvier 1995 montre que le PIB avait d'abord reculé sous l'impact notamment du repli de la consommation avant de croitre de nouveau avec l'effort de reconstruction. Cela nous amène donc à revoir notre scénario 2011 à la baisse. Nos prévisions de croissance passent ainsi de 1,3% à 0,3% seulement sur l'ensemble de l'année. A plus long terme, l'interrogation porte sur la capacité du pays à financer l'effort de reconstruction. Et là nous sommes plus optimistes. Certes, le Japon fait partie des pays les plus endettés au monde avec une dette publique qui représente plus de 175% du PIB. Toutefois, malgré cet endettement, le Japon ne devrait pas avoir trop de difficultés à financer l'effort de reconstruction. Car si le Japon est très endetté, ce sont les Japonais qui détiennent l'écrasante majorité de cette dette. Il ne faut pas oublier non plus que l'accumulation des excédents commerciaux permet au Japon d'occuper la troisième place au palmarès des exportateurs mondiaux de capitaux, derrière la Chine et l'Allemagne. La Banque centrale japonaise détient 1 000 milliards de dollars de réserve de change, soit 20 points de PIB, notamment sous la forme de bons du Trésor américain. La reconstruction semble donc pouvoir être financée en réorientant l'épargne nationale des placements étrangers vers les projets domestiques. Cela va poser d'autres problèmes, mais à d'autres pays.


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